la valeur ajoutée de l’autosoin

By Ida Ndione, Senior Program Manager, PATH

Banner Image: Gabe Bienczycki, PATH


« Je veux pouvoir gérer ma santé même quand je ne peux pas voir un prestataire de soin », ou la valeur ajoutée de l’autosoin.

On pourrait énumérer les innombrables avantages que pourrait apporter l’autosoin au Sénégal, tenant compte de différents points de vue, celui des professionnels de santé, celui des utilisateurs, mais aussi des partenaires qui appuient le pays pour le renforcement et l’efficacité de son système de santé. Pour beaucoup d’entre nous, l’autosoin resterait encore un concept parmi tant d’autres, abstrait et loin de la réalité.

Pourtant, si l’on regarde l’année qui vient de s’écouler, avec le contexte de pandémie mondiale à Covid 19, nous pouvons partager de nombreuses histoires et expériences qui soulignent les avantages de l’autosoin.

Je pense à cette jeune femme active, mariée et mère de deux enfants, utilisatrice de DMPA-SC en auto-injection. Durant la pandémie, elle a pu continuer à utiliser sa méthode préférée de contraception, en toute discrétion, sans être obligée de se rendre à la structure de santé. Un grand soulagement vue la psychose qui était créée au début de la crise sanitaire.

Si l’histoire de cette jeune femme apporte de l’espoir, qu’en est-il de toutes les femmes enceintes qui ont accouché à domicile, les enfants qui ont accusé du retard dans leur calendrier vaccinal, les patients atteints de cancer qui n’ont pu avoir le suivi médical nécessaire?

Comme l’histoire de cette patiente atteint de diabète et d’hypertension artérielle. Dès l’arrivée de la pandémie au Sénégal, les autorités sanitaires ont informé les populations qu’il fallait rester à la maison. A la suite de la fête de Tabaski (fête religieuse musulmane) et n’ayant plus son traitement à disposition, sa tension artérielle très élevée a provoqué un accident vasculaire cérébral (AVC). Elle en garde des séquelles physiques, et pourtant cela aurait pu être évitable, par une stratégie d’autotest et d’autosurveillance.

Face à un système de santé et des prestataires mobilisés entièrement par la riposte au Covid 19 et les plans de contingences, nous avons vu la nécessité de penser autrement l’accès aux soins, l’autonomisation pour certains services de santé, l’accessibilité des produits… tout en garantissant un lien avec les prestataires de santé à chaque fois que nécessaire. A l’instar de plusieurs autres pays, cette réflexion fait entrer le Sénégal dans cet élan mondial né suite à la publication des directives de l’autosoin sur la santé sexuelle et reproductive de l’OMS en 2019.

Avec l’appui financier de Population Services International (PSI), le groupe des pionniers de l’autosoin du Sénégal a été lancé le 24 juillet 2020, sous le leadership de la Division de la Santé de la Mère et de l’Enfant (DSME) du Ministère de la Santé. Il regroupe des partenaires représentant une variété de directions du Ministère de la santé et de l’action sociale (MSAS), des organisations non-gouvernementales (ONGs), des membres de la société civile. A travers ce groupe, trois consultations ont été organisées pour apprécier et prendre la mesure de la manière dont l’autosoin pourrait renforcer le système de santé.

  • Du point de vue des professionnels de santé, ce cadre de concertation a permis de comprendre qu’il faut nécessairement faire la distinction entre autosoin et automédication, qui est vu comme une pratique non-maitrisée à bannir. Par ailleurs, selon eux, le travail du groupe des pionniers de l’autosoin doit aider à définir les cadres d’interventions dans le domaine préventif, curatif et promotionnel ainsi que les acteurs y compris les acteurs communautaires. Il y a une opportunité de faire un suivi sur l’application de la Loi Santé de la reproduction de 2005 mais aussi de discuter de la délégation des tâches dans le cadre de la pratique de l’autosoin.
  • La société civile a pour sa part affirmé sa volonté d’être un maillon central dans l’élaboration de la stratégie d’autosoin au Sénégal. Nous avons particulièrement relevé une participation active des jeunes et des associations féminines qui ont unanimement adopté la déclaration d’engagement de la société civile pour la promotion et le plaidoyer en faveur de l’autosoin.
  • Concernant les partenaires et décideurs, on s’accorde à dire que l’autosoin n’est pas quelque chose de nouveau et qu’il est nécessaire de capitaliser l’expérience du Sénégal sur l’auto-injection et ainsi élaborer des documents cadres qui orienteront les acteurs sur les pistes d’intégration de l’autosoin dans les programmes futurs.

Le Sénégal a pris le parti d’approche inclusive de co-création pour s’assurer que chaque partie prenante se sente concernée par l’autosoin et puisse en tirer avantage. A travers ce processus engagé avec le groupe des pionniers de l’autosoin, nous espérons non seulement aboutir au développement d’un guide national sur l’autosoin élaborer par et pour les sénégalais mais aussi que les patients dont nous avons parlé plus haut puisse chacun, utiliser les services d’autosoin, dans la mesure qui lui convient.